Nathalie Sarraute. Les fruits d’Or

Mais les romanciers choisissent n’importe quoi… au petit bonheur… Un geste qu’ils ont remarqué, qui pouvait signifier n’importe quoi, ils le prennent et ils se disent: tiens, ça fera bien, voila ce qu’il me faut, ça ira là… Un geste quelconque, qu’ils ont retenu… Le ton assuré de l’écrivain. On est obnubilé… On pense que lui, il sait. Et on dit: mais comme c’est vrai. Et on le retrouve dans la vie. Bien sûr qu’on l’y retrouve, puisqu’on l’y a mis… puisque l’on voit la vie à travers les romans… Il y a des gens marqués pour toujours par ces vérités là.

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Ah !

On s’accroche on s’accroche
Et puis un jour
On tombe
Le fruit remonte-t-il jamais dans son arbre ?

Envers et contre tout

Ma liberté je la trouve là
Entre les quatre murs
De cet amour coriace
Cependant apeuré
Par sa propre lumière
Cet amour qui s’affole
Se débat
Veut sortir de là
Respirer
Mourir
Mourir ah ça oui
Souvent
Il tente d’en finir
Vivre c’est attendre la mort
Dit-il
Et ça je ne peux pas

Ma liberté je la trouve là
Dans le cercle parfait
Formé par la détresse
Où marcher signifie
Te rejoindre

Jean Genet. Recueil La Parade

I

TRANSPARENT voyageur des vitres du hallier
Par la route du sang revenu dans ma bouche
Les doigts chargés de lune et le pas éveillé
J’entends battre le soir endormi sur ma couche.

II

VOTRE ÂME est de retour des confins de moi-même
Prisonnière d’un ciel aux paresseux chemins
Ou dormait simplement dans le creux d’un poème
Une nuit de voleur sous le ciel de ma main.

Le condamné à mort et autres poèmes suivi du Le funambule NRF Poésie/Gallimard