La crue

Cette nuit terminable 
Il faut qu’elle se prolonge
Qu’elle soit digue qui retient
La crue de la mémoire
Jusqu’à la fin des temps
Que le temps soit donné
À l’arbre où l’on grimpait
De croître dans le désert
Qu’on rêvait d’arpenter
Qu’elle soit digue qui retient
Jusqu’au prochain jour
– Qui ne viendra pas
Car on dort –
Les souffles échappés
De lèvres entrouvertes
Cette nuit
Qu’elle dispose
Entre nos bras serrés
Ce que l’on a aimé
Ce que l’on aime encore
Et on irait mourir
Sans avoir cédé
Sous le poids et les pertes
Seulement quand le corps
Serait devenu planète

Poème domestique *6

Si j'avais eu de petits rêves
J'aurais pu les loger facilement
C'était une erreur logistique
D'en avoir eu de trop grands

La prochaine fois
Je mesurerai d'abord la pièce

Son « quand » à soi

Froisse ce maudit jour
Et glisse-le dans ta poche
Pour le lire plus tard
Beaucoup plus tard
Ferme les volets
Plie la maison dans le jardin
Et jette le tout dans la rigole
Couche-toi
Défroisse un coin du jour
Et mets un point de côté
Pour qu'il freine ton élan
Envers le jour d'avant
Un autre
Pour décider du quand

Poème domestique *5

Nous cherchions 
Sur la plage d'Esnandes
Des pierres en forme de cœur

Il y en avait toujours
Une ou deux

Deux c'était mieux
Chacun la sienne

Trois
C'est jamais arrivé

Promesse du jardin d’hiver

Inerte comme feuille 
Dans un jardin d'hiver
Tu attends

Parfois regrettes la chute
Accomplie outre-temps
La lenteur de la chute
L'ivresse de la chute

Te souviens
Qu'en voyant le sol
Piqué d'heures amères
Prédisant
De fatales blessures
Tu avais à la hâte
Nommé ta descente
Vol
Tes membres
Ailes ou voiles
La vitesse
Distance

Inerte tu oublies
Le possible
Et terrifiant herbier
L'épingle
Et l'encre
De la science

Tu oublies
La jeunesse
Captive du rameau
Et de l'arbre

Inerte comme feuille
Dans un jardin d'hiver
Tu attends
Que l'on te méprise
Pour aller

Be(e)

Des mains ont ce pouvoir 
De te faire venir

Je viens dis-tu
Sans l'avoir voulu

Et ces mains
Qui te savaient partie
Où vont-elles te chercher ?

Je viens tu le répètes
Sans l'avoir voulu

Tes lèvres comme pistil
Orné d'or poudreux
Ces mains comme abeilles
Qui le ravissent au lois
Pour prix de ta venue

Je viens tu le répètes encore

D'où viens-tu ?


La belle traduction en italien de ce poème est en lecture sur le site de Marcello Comitini
https://marcellocomitini.wordpress.com/2019/11/11/gabrielle-segal-bee-ita-fr/

L’être, l’avoir.

Les rêves d'une vie 
Qui ne s'est pas faite
Bousculent le réel
Le mettent à terre
Le piétinent
Mes jambes ont basculé
Du côté onirique
Ici je ne peux plus marcher
Je ne peux plus parler
C'est là-bas que ma bouche
Délivre les mots justes
Qui m'arrivent en cris
En silencieuses déflagrations
Ici mes mains froides
Donnent des coups
Contre la croisée
Qui borne les conjugaisons
Pour la faire céder

Ici je suffoque
D'être enfermée là-bas

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