Interprétation

Le jour qui s’annonce 
Semble revenu de tout
Méprise évidemment
Car où est la candeur
Que promet cette chimère ?
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La crue

Cette nuit terminable 
Il faut qu’elle se prolonge
Qu’elle soit digue qui retient
La crue de la mémoire
Jusqu’à la fin des temps
Que le temps soit donné
À l’arbre où l’on grimpait
De croître dans le désert
Qu’on rêvait d’arpenter
Qu’elle soit digue qui retient
Jusqu’au prochain jour
– Qui ne viendra pas
Car on dort –
Les souffles échappés
De lèvres entrouvertes
Cette nuit
Qu’elle dispose
Entre nos bras serrés
Ce que l’on a aimé
Ce que l’on aime encore
Et on irait mourir
Sans avoir cédé
Sous le poids et les pertes
Seulement quand le corps
Serait devenu planète

Rien ne se perd

Dans la vacuité de l’esprit
L’apparence du temps affleure
Aussi mon ennui
N’est pas du temps perdu
Mais du temps que j’observe

L’art de la course

Soit les mots l’atteignent
Ou ne le peuvent pas
Cet amour est distance
Entre toi et moi
Soit nos yeux le voient
Ou ne le peuvent pas
Distance fluctuante
Qu’on parcoure sans fatigue
Ou bien exténués

Au début du trajet
Nos pas vont se heurter
Contre l’amour de l’autre
Et résonnent longtemps
En sa foi intérieure
Ou ne mènent nulle part
Et c’est ça qu’on préfère
Nulle part c’est partout

Soit nos mains se lient
Ou ne le peuvent pas

Cet amour est distance
Qui ravit au destin
Son art de la course

Plurielles

Pourquoi ce singulier 
La femme
Cela suffit-il à l’œil des hommes
De les fondre toutes en une
Et qui est cette femme
Qui m’est inconnue
Qui sommes-nous
Loin des regards
Existons-nous dans la solitude
Où disparaissons-nous
Comme nous disparaissons
Des pupilles
À l’automne de nos vies
Pourquoi ce singulier
Est-ce parce qu’il nous est donné de porter
Mais de même il nous est donné
De penser
De parler
De créer…
D’accomplir tous les verbes
Chacune à notre façon
Singulière

Et pour ma part
Je ne veux pas un jour
Car je suis tous les jours

Le corps-cosmos

Parfois rien n’existe
En dehors de la peur
De ne plus pouvoir être

En place du jour
Et de la nuit
Des crépuscules fébriles
Qui nous poussent du haut
D’aurores abruptes
Qu’on peine à gravir
Plus de chants d’oiseaux
Ni de paroles humaines

Rien n’existe
Sinon un attrait
Passager pour la mort
Possible terre d’exil

Mauvaise herbe

T’ai-je jamais appelé ainsi
Ma chère amie
Ai-je jamais éprouvé pour toi
La moindre tendresse
Non au lieu de ça
J’ai pointé tes faiblesses
Exposé tes erreurs
Obligé ton enfant
À me suivre partout
Si c’était à refaire ?
Oh lui lâcher la main
Le plus vite possible
Et courir
Courir loin d’elle
Loin de l’adolescente
Et de la jeune femme
Courir jusqu’à moi
Ma chère amie
Cette femme vieillissante
À la sagesse effondrée
À l’effondrement sage
Courir jusqu’à moi
Et tout me pardonner
Et ne rien pardonner
Et tanguer
Ma chère amie
Tanguer sur la terre
Comme en plein océan
Et croître comme le lierre
Admirable mauvaise herbe
Qui recouvre les ruines

Carpere

Oh je le sais
Ecrire ne sert à rien
Et je suis là pourtant
Cherchant dans le dédale
Le fil de ma pensée
Arborant l’air buté
Propre à l’affamé
Qui s’improvise cueilleur
Ecrire est aussi vain
Que de croire
La faim se satisfaire
De quelques baies glanées
Et je suis là pourtant
Et tant d’autres sont ainsi
Cheminant dans leur tête
Où le monde est entré
Nu
Volontairement muet
Se brisant comme du verre
Aussitôt l’œil passé

Ce qui se perd

Le temps qui nous reste
Allégé des minutes perdues
Par la retenue de nos mains
Jamais publiquement enlacées
Allégé des silences d’autan
Asséchant la clepsydre
Et des rêves scellés
Dans l’ambre de l’ennui

Ce temps-là
Étrangement délivré
De ce qui n’a pas été
Celui-là
Nous l’aimons

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