Capitale du néant

Soit je me noie
Soit je m’envole

C’est selon

Vaste océan
Ou ciel reflété
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Cent cinquante millions de kilomètres

Puis-je parler de distance ? 

J’aimerais c’est certain

Une simple distance
Infranchissable peut-être
Mais connue

J’aimerais
Définir en kilomètres
Le séjour des absents
Et voir un soir d’été
– Le soleil le fait bien
Qui se répand sur l’herbe –
Deux lointains se toucher

Grand temps

Comment n’ai-je pas vu
Que le temps sommeillait
Ah ça oui maintenant je le vois
Si fatigué d’avoir tant dormi
Comment n’ai-je pas vu
Que dans ses rêves défilait
Une vie toute entière
Celle qui aurait été mienne
Si plus tôt j’avais su
Que le déclin n’est pas du temps filé
Mais le fruit d’une jeunesse négligée

Si plus tôt j’avais su
Que vieillir ne doit rien
Aux piqûres des aiguilles
Comme j’aurais secoué le temps !

Composition de la femme


Ma langue de pierre
Et ses cris fossilisés

Mes yeux qui mènent
À mon âme l’effroi
Tout autant que la beauté

Sur mon ventre
Le lien
Vers la toute première
Ainsi que vers la mort
Qui d’abord se fait vie

Entre mes jambes
Le seul lieu au monde
Qui m’appartienne

La passe

Il n’est pas d’absents
Tant que je suis ici
Et pourtant
Mes yeux
Pour eux
Ont perdu
Toute vie
Ce sont eux les absents
D’histoires qui se racontent
Dans le lieu de mon âme

Cette âme qui se peuple
Cependant qu’ici-bas
Le désert s’installe

Cendre qui fait le feu

Ce que je perds
Chaque pas
Chaque expiration
Chaque effleurement
Ce que je perds en vivant
Ce que je soustrais
Malgré moi
Ce que je jette par-dessus mon épaule
Cette heure singulière
Cette chambre tiède
Ce que j’égare
Les clés de toutes les pièces
Et les pièces elles-mêmes
Ce que je perds
Là à ce moment précis
Autour de ce qui s’écrit
Poussière tu es
Poussière tu restes

Ce que je perds en vivant
Fait la demeure

Lélelle

N’attend pas les ailes
Ni la mort
Vole maintenant
N’aie pas d’autre but
Que d’aller n’importe où
Contemple sans nommer
Tout ce que tu rencontres
Ne parle pas ou peu
Dis-toi quelques vers
S’il t’en vient en mémoire
Supposé que tu croises un oiseau
– Mais ça n’arrivera pas –
Ne fais pas ta fière
Passe ton chemin
Ne pense à personne
De mort ou de vif
Hurle s’il t’en prend l’envie
Et sanglote et rit et grimace
...
Garde bien à l'esprit
Que tu ne vas nulle part
Que tu y vas en volant
Et que tu n’as pas d’ailes

Arpenteur

Je vais les yeux ouverts
Les jambes mues par le temps
Je me nourris de l’iode
Que répandent dans les terres
Les frégates égarées
Et de l’air expiré
Par les vagabonds
Je ne veux rien
Qui ne pourrisse pas
Rien qui dure
Je veux mes pieds couverts
D’une crasse argileuse
Sentir le ver attendre sa nourriture
Je veux vivre ainsi
Sachant que je ne sais rien
Que je n’ai rien appris
Sauf que ce que l'on cherche
Est dans le temps perdu

Se voir

Approche-toi de moi,
Regarde.
Je ne suis pas que visage.
Là, je grimace
Pour me passer le temps,
Ou pour te ressembler.
Ne ferme pas les yeux
Comme à ton habitude,
Tu me perdrais.
Je ne mens pas,
Ta mémoire me fuit.
Vas-y, force tes souvenirs.
Nulle part en eux
Tu ne vas me trouver.
Là, Regarde.
Je me taille ce beau sourire
De tes quinze ans.
Non, bien sûr, il ne tient pas.
Je ne suis pas que visage.


Crédit photo C.F. 2019

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