Rive sans Narcisse

Penchée au-dessus de l’eau
Je m’observe
Les yeux dans mes yeux
Lentement mes yeux reflétés
Se libèrent de l’emprise
De mes yeux véritables
Et s’en vont contempler
La beauté du ciel
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Plan-séquence *1

Quatre porteurs 
Menaient
À travers le village
Un cercueil ouvert.
Moi ça ne m’a rien fait.
C’était les vacances
D’été.
Ce jour-là,
Pas un nuage.
Ciel, bleu ciel.
Etincelles dans le mica
Des murs de granite.
Et quoi ! Plus tard l’océan
– Dont je disais à part moi
Qu’il serait gris perle –
Me laverait de tout.
C’était l’année où ma peau
Avait été reprisée
Grossièrement.
Ce n’est pas vrai.
Ça m’a fait quelque chose
De voir le vent
Echouer à soulever
Ne serait-ce qu’une mèche
Des cheveux du mort,
Qui semblaient fins pourtant,
Alors que dans le cortège,
Il décoiffait tout le monde.
De voir les fleurs blanches,
Disposées le long du corps,
Tellement accablées !
Et plus encore quand le cercueil est passé
Devant le bosquet d’où on les avait coupées.
Pour l’odeur, a dit la vieille
Qui s’en était chargée.
Mais c’est joli aussi,
Ça décore.
Ça m’a fait quelque chose
– Moi qui avais voulu mourir
Et lui certainement pas –
Quand nous nous sommes croisés.

Après tout, quoi?

J’ai vu deux paysages célestes
Parfaitement semblables
L’un alors que j’étais enfant
L’autre seulement hier
Me suis sans mal
Souvenue du premier
À l’observation du second
Pas d’impression de déjà-vu
Pas de magie
Pas un mensonge
Le même ciel
Passant deux fois
Au-dessus de ma tête
Si je n’avais pas levé les yeux…
Et pourquoi les ai-je levés
Précisément ces deux fois-là
Et toutes les fois où je ne le fais pas
Que se passe-t-il
Est-ce que ça arrive encore
Deux paysages célestes
Parfaitement semblables
Qui le sait
Qui peut le savoir
Personne, si ?
Deux ciels
Ou bien un seul qui revient
Après tout

Ecrire

La seule pensée juste
Qui me viendra jamais
Sera par moi ignorée

Puisqu’il ne m’est pas donné de voir
Ce que je pense
Puisque je peux souffrir
Sans douleur au point de souffrance
Mon temps se passe
À écrire
Entendez
Qu’il attend ce qui est déjà là

Les lèvres tombales

Va 
Prépare le voyage
Va sans bouger
Va l’attendre

Sur le quai
Où gicle l’eau salée
Ou l’acier
Vois
Elle s’avance vers toi
Les yeux cloués au sol
Cette sœur d’âme
Elle titube
Elle danse
Rit de la bousculade
Oh Dieu
Qu'elle s’aime ainsi
Seule
Et te sachant là
Pour elle
Pour elle seule
Toi
Toi seule

Violette Leduc. Ravages

J’attendais, j’espérais. J’espérais si fort que c’était comme si tu m’avais aimée. Sinon comment l’aurais-je supporté? Il n’y a que les fous qui se contentent d’attendre.

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