Nuit de plein jour

Comme ce mot dénote
Sur les chemins de pierres
Coupantes
Pourtant c’est ainsi
Que je t’appelle
Ma douce
Quand
Curieuse
Tu soulèves l’une d’elles
Et me montres le dessin de ses veines
Exact plan de la sente empruntée
Pour disparaître
D’abord
Et apparaître ensuite
Ainsi que nous serions
S’il n’était besoin
De dissimuler nos cœurs
Dans les murs en pierres
Sèches
Je le murmure encore
Ma douce
Quand la ronce écrit
Des paroles végétales
Sur mes jambes nues
Reconnues comme tiges
D’une nature vraie
Langue que l’on sait d’instinct
Qui se lit en frôlant
Les berges de la plaie
Où pleurent
Quelques arbres
Pour cette seule raison
Que les fluides s’attirent
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Mercredi 31 juillet 2019 14h16

Mon chat, peu féru d’abstraction, dont il soutient que cela n’a de sens que pour les insensés et qu’en plus, c’est moche – propos qui me sont directement adressés –, a fait appel à un ami haut-placé, Hélios le bien-nommé, afin que celui-ci transforme ma croûte en un tableau figuratif devant lequel on puisse s’assoupir sans craindre les cauchemars. Que mon chat lui ait servi de modèle n’est en rien fortuit. L’œuvre dit-il souvent, c’est d’abord le sujet. (Chers peintres, n’avalaient pas vos pinceaux, les chats ont une autre idée de la vie que nous)

Imre Kertész. Le chercheur de traces

Extrait :

« Je vois une inscription au milieu », annonça-t-elle.
Ils étaient encore trop loin pour pouvoir déchiffrer l’inscription , formée de trois ensembles, vraisemblablement trois mots, placée au milieu de la décoration du portail dont elle semblait , à cette distance, n’être qu’une espèce de ramification.
« Je…Je… fit-elle, s’efforçant de la déchiffrer.
Jedem das Seine, Chacun son dû », dit l’envoyé lui venant en aide.

Champ de chimère

Le ciel est sans cimetière
Si l’on peut y mourir
On ne peut y demeurer mort

Aussi levant les yeux
Vers ce champ sans dépouilles
Je m’accorde un instant
De paix absolue
Et respire

L’âme sœur

Mark pense à la boîte dans la poche intérieure de sa veste. Il se demande si c’est le moment de l’ouvrir. N’y aura-t-il pas de moments plus graves encore ? Il doit réfléchir vite. Le type qui le menace de son couteau, crie de plus en plus fort.
Le russe avait été clair. La boîte ne lui sauvera la vie qu’une seule et unique fois. Après qu’il l’aura ouverte, son pouvoir n’agira plus sur lui et il devra en faire profiter quelqu’un d’autre.
Le russe : Feliks Rastorgouïev. Mark n’a jamais oublié son nom, bien qu’il ne l’ait vu qu’une fois. Une rencontre de comptoir. Ce soir-là, il avait cru à son histoire de talisman sans tiquer parce qu’il était saoul et que le slave ne lui avait pas vendu la boîte, mais donné, alors que, de toute évidence, c’était un objet de valeur. Une femme, une française, accompagnait Feliks. Parfois, ils semblaient amants et parfois non. Elle s’appelait Sarah Morel. C’était une poétesse qui avait publié quelques textes dans deux ou trois revues de Manhattan. Elle vivait quelque part dans le Queens et pour des raisons « obscures », ne pouvait pas rentrer en France.
Du point de vue de Mark, Sarah n’était pas belle. Pourtant, il ne pouvait la quitter des yeux. Elle était grande et fine, avait des gestes lents, un timbre de voix presque grave et un regard capable de vous percer la chair jusqu’à l’âme. Certaines de ses expressions étaient en décalage avec le moment présent, comme si elle évoluait dans une dimension parallèle. Par exemple, elle se mettait subitement à rire, alors que la discussion ne s’y prêtait pas et qu’elle n’était pas ivre.
Après cette soirée, Mark était souvent retourné au pub dans l’espoir d’y revoir Sarah. Elle ne s’y montra jamais. Il acheta d’innombrables revues de poésies afin d’y trouver sa signature. Et durant des mois, il arpenta le Queens de long en large, de nuit comme de jour.
Peu à peu, sa quête se vida de sa substance. Le visage de la française finit par se confondre avec celui d’autres femmes croisées. Il renonça. Cependant, la conviction que Sarah était son âme sœur l’emplit d’une mélancolie qui ne le quitta plus. Et quelquefois il se retrouvait dans le Queens sans savoir comment il était arrivé jusque-là.
Le couteau frôle son cou. S’il met la main dans sa poche intérieure, le junkie va paniquer et lui trancher la gorge à coup sûr. S’il ne le fait pas, s’il n’ouvre pas la boîte, il mourra aussi, privé de son pouvoir.
Ça lui revient maintenant, Feliks la portait accrochée à une chaine autour de son cou. Mark avait alors trouvé l’emplacement incongru. Mais ainsi, elle était facilement accessible. Faire un geste pour s’en emparer n’avait rien de provocateur.
Il plonge brusquement la main dans sa poche intérieure.

La vie sauve

Je la percevrai
Comme Guibert
L’avait perçu dans son miroir
Elle m’observera
Ou plutôt
Fixera un point derrière moi
Elle ne sera pas dure
Ni froide
Un peu timide
Et grave
Peu loquace bien sûr
Mes yeux de plus en plus
S’habitueront à elle
Je percevrai
Son envie d’être ailleurs
Sa nostalgie d’un lieu
Dont je ne sais rien
Si longtemps dira-t-elle
Ou me fera-t-elle dire
Si longtemps partie
Puis elle rajoutera
Ou bien le ferai-je
L’être
Un si long exil

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