Chant XV

Elle
Dit
là sur Ma Chair à l'endroit de Mon Cœur une fenêtre s'ouvre se ferme un nombre infini de fois
Moi qui l'Ouvre et la Ferme à longueur de jour
à longueur de nuit
Moi qui Demande
vas-tu partir 
à elle qui veut s'en aller
vas-tu rester 
à elle qui veut être choyée

Mes bras toujours tendus vers la lumière d'aurore
Mes jambes toujours se retranchant dans l'ombre de Ma Carcasse

vas-tu partir
vas-tu rester

Moi qui Me Pousse vers l'oubli
tout en Gavant ses plantes insectivores avec mouches de Mes Migraines 
pour qu'elles croissent malgré l'obscurité à laquelle Je les Expose

Moi qui Demande 
vas-tu rester
à elle   amoureuse de la nage
trépignant sur la rive de son fleuve circulaire
vas-tu partir
à elle    qui autrefois souillée
a perdu existence 

Celle-là  cette assassinée   durant Mes Songes Me dit en boucle des choses insensées
seule pourra rester celle qui a un dessein
seule pourra partir celle qui est restée
seule pourra rester...



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #14, 2020.

Chant XIV

(scansion rapide comme suffoquée) les bras étreignent le corps féminin où ils sont rattachés puis s'écartent et tout le corps féminin s'étire comme pour s'élancer     comme s'il n'était plus retenu sur le sol par l'attraction terrestre    par aucune autre attraction    comme si les amours mortes mouraient à ses pieds pour de vrai cette fois  et qu'il ne fallait pas rester là    amours belles encombrantes  avec des pupilles blanches un cœur gris sauf une encore irriguée   faufilée dans un sillon du visage  du corps féminin  trace infime d'amour    celle-là qui va creuser jusqu'à l'os jusqu'à la moelle  pour retourner d'où elle vient    pas un lieu    un jour ainsi nommé PREMIER JOUR sur son calendrier de folie    pas un jour en vérité un corps plutôt    le sien ainsi nommé DESOLATION dans son carnet de projets suicidaires

le corps féminin se tend    jambes écartées bras écartés tête renversée d'un côté de l'autre organes gonflés par un sang bu à sa source      les bras étreignent le corps féminin où ils sont rattachés    oui mais la main au bout du bras le gifle aussi le cogne le caresse    quelquefois la main la droite ou la gauche empêche le corps féminin de respirer une seconde ou deux ou trois pour l'habituer doucement à la suffocation 

quelquefois les jambes refusent d'aller plus loin     le corps féminin où elles sont rattachées tombe sur les genoux à l'endroit où il se trouve et ça peut être douloureux   

une fois  les yeux du corps féminin se sont mis à scruter le ciel pendant vingt-quatre longues heures pour voir la terre tourner sur elle-même   ils n'ont pas cillé une seule fois simplement ils larmoyaient à cause des poussières qui se déposaient sur leurs cornées et à cause de rien d'autre    le corps féminin a fini par sentir le mouvement rotatoire     il s'est mis à tourner sur lui-même dans le sens inverse des aiguilles d'une montre puis les jambes du corps féminin ont entamé le deuxième mouvement  celui de la révolution    l'esprit du corps féminin a songé qu'absolument tous les corps sont concrétions de résidus cosmiques lointains et aussi que mouvements opposés entraînent révolution   la bouche n'a pas transmis ces pensées à voix haute comme une bouche est sensée le faire     le corps féminin n'avait pas encore de bouche       le corps féminin n'avait pas encore de corps     



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #13, 2020.

Chant XIII

Elle 
Dit
colères sont comme lambeaux de Ma Peau
Arrachés avec Mes Propres Dents 
que Je Mastique     Recrache
puis Recouds sur des parties de Mon Corps choisies au hasard
tant ils sont abîmés et méconnaissables

à la fin il se pourrait que J'Aie sous la plante de Mes Pieds des lambeaux de Mes Mains
sur Ma Vulve des lambeaux de Ma Gorge
il se pourrait que des lambeaux de Ma Langue bouchent Ma Vue
que des lambeaux de Mes Oreilles tapissent Mon Péricarde
à la fin    Monstrueuse    il se pourrait que Je n'Aie plus de colères
que Je Sois toute Faite d'indulgence

entourant chaque lambeau de Mon Indulgence   des cicatrices dures
à la fin il se pourrait qu'elles deviennent pierres 
il se pourrait que des croisés les dérobent sur mon corps pétré et les taillent pointues par ennui 
en rêvant de chasses à l'animale
comme je rêve de l'ennui



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #12, 2020.

Chant XII

première ville reprise
tombent en même temps que pluie diluvienne
qui creuse lits fluviaux et engorge poumons aériens
troupes de négociants déguisés
alourdis par tentations de puissance
collées sous la plante de leurs pieds
comme merde de chien ensauvagé
sur place redevenue centrale
hâtivement tissent la peau des femmes
déplissent avec brutalité les étoffes rétives
qui finiront pendues
claquées par vents chauds et froids combinés
sans que cela fasse tiédeur
finiront dans l'estomac des fils abandonnés
dans leurs propres maisons
ceux-là se mettront à tisser peau de femme avec leurs vomissures
donneront nom divin à la ville reprisée 
dernière ville reprise



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #11, 2021.

Chant XI

d'elles étendues sur asphalte
Elle Peut Voir les chevelures luisantes de gas-oil
collantes par endroits
comme serpents almandin 
qui leur barrent fronts et tempes

d'autres Elle ne Voit rien
Elle les Devine là au milieu des gwakers
peut-être recroquevillées
peut-être assises se balançant d'avant en arrière
disant poème litanique
dans une langue venue d'ici
de l'endroit même où elles sont tombées
et qui leur appartient
car elles ne marcheront plus
elles s'en désolent un peu
pendant qu'ils les dupliquent

d'autres toute couvertes de matière noire
Elle ne Voit que les os blancs
qui déjà se détachent 
de leurs peaux goudronnées
qui déjà sont polis 
en vue d'être exposer 
déjà portent le nom de leur inventeur
sur plaque cuivrée de table-vitrine

Elle 
Dit
toutes nous demeurons dans une aube brumeuse
sur prairie grise quelquefois désertée par combattants
appelés ailleurs partout ailleurs
par voix impérieuses 
qui leur font lever les yeux au ciel
qui leur font voir le ciel propre
quoiqu'il se passe en bas
quoiqu'ils fassent en bas
nous demeurons parmi les herbes brutalement couchées
par les piétinements 
qui sont comme archives des violences 
dont on fait livres de chevet
sommes trempées jusqu'aux cuisses
par rosée bien mal nommée 
coupées aux pieds par éclats d'os saillants
d'elles enfouies à la hâte
avec leurs héritages de mots impropres à la poésie
qui ne font pas plus Histoire qu'histoires
nous demeurons dans une aube qui n'est pas le matin
seulement mot bêtement poétique
déposé sur les langues par exécutrices et exécuteurs
testamentaires d'immortels absents
elles et eux aimant les belles choses
comme tout le monde




©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #10, 2021.

Chant X

Elle 
pour Se Nommer en ce temps
Disait elle
comme Parlant d'une lointaine

dans matières réflectives
Voyait quelque chose comme
une       personne
oxymore perfide
soufflé à Son Esprit
par apocrisiaire de l'Impérial Rien

Elle Se Souvient 
du ciel diurne
de ce temps
annonçant séismes 
fonte des glaces
refroidissement des âmes
accumulations excessives de biens sub-terrestres

ciel violacé comme fatigue

Elle 
Dit
ainsi est la fatigue
toujours violacée
toujours comme jour 
ecchy-mosée
jamais étincelante comme nuit
car la nuit héberge
Guerrières aux cottes d'or souple
faisant illusion solaire
Qui Frappent sans Se Lasser
sur tout ce qui  bouge 
derrière tout ce qui fait écran
Frappent dur
Éclairées par Leur Propre Jour
Étanchant Leur Soif avec Leur Propre Sang

Défaites de Leurs Victoires
à la relève de la garde



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #9, 2021.

Chant IX

(voix chuchotée) quelqu’une dont le visage
s’éteint ou s’illumine
à cause de mains joueuses
qui triturent le feu
celle-là au milieu d’autres
qui ont formé le cercle
autour du baril
celle-là dit un poème
passé de bouche en bouche
quelqu’une attise les flammes
avec la branche grise d’un arbre d’amertume
quelque autre invoque
Déesses de chaque chose
Toutes ici parmi toutes
Sans être Reconnues
Indigentes Immortelles
Engourdies par le froid
aux Pouvoirs seulement Révélés 
dans le sommeil de toutes
quelqu’une dit son temps à voix haute
sans que cela fasse nombre
mais cela fait images communes

(voix forte) toutes entendent la ville s’élancer vers elles
le bleu-âtre le jaune-âtre le rouge-âtre 
défilent à grand vitesse
dans son lit périphérique
couleurs affadies par le soleil 
qui étrangement les effraient tous et toutes
depuis la nuit des temps
toutes se préparent au choc
comme enseigné par leur mémoire
toutes en même temps dénaturées
et priant la nature
à l’instant où la ville s’abat sur elles
faisant division de leurs temps
jusqu’à atteindre le zéro
toutes perdent jeunesse 
vieillesse
force
leurs mémoires suspendues 
s’emplissent d’enseignements
aussi vains qu’éreintants
quand la ville gave leurs estomacs 
de caillasses grises-âtre
de ferraille
de verre de sécurité morcelé
de grands-livres des comptes éventrés
comme fauve qui redonnerait forme
au corps de la proie qu’il vient de dévorer
avec ce qu’il trouve à  portée de sa gueule
fauve qui détesterait sa faim

(voix blanche) elles maintenant chargées de matières effondrées
ni pour la première fois ni pour la dernière fois
retournent près du feu en se tenant le ventre
quelqu’une dit un poème
passé de bouche en bouche
comme enfant du baiser 



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #8, 2021.

Chant VIII

une ombre faussement douce
La défait de Son Poids
La laisse comme Nue 
comme Mouillée 
au centre d’une eau sèche
dans laquelle Elle S’Ébat
en mouvements incessants
de bras et de jambes
sans Avancer jamais
sans Se Noyer non plus

Parée en toute fin
c’est-à-dire au réveil
de bijoux méphitiques
colliers de goémon noir 
bracelets de viscères
et chapelet d’yeux cuits 
qui les uns et les autres
font odeur des siècles

Chant VII

Elle 
avant de S’Endormir
Écrit
sur sable de l’estran
des pensées effaçables
par la seule nature

empreintes de pattes et mots
forment phrases indivines
comme plaies indolores
ouvertes par Son Esprit
que comblera
bientôt
la salive nacrée
des vagues déferlantes
d’une marée remontante

Elle 
Écrit
ici vient 
comme vient le souvenir de quelqu’une
que j’ai vu morte
ici paraît
d’abord en Moi
palpe Ma Peau de l’intérieur
donne des coups légers
puis des coups plus forts
puis des coups qui Me blessent
jusqu’à percer un jour
ici l’emprunte
pour disparaître en lui-même
dans sable que Je Piétine
dans océan qui se retire
et demeure là
à la limite du proche 
et du lointain
et de la Portée de Ma Vue

et de la vue de quelques unes
se montrant ici seulement
dans le presque obscur 

chasseuses d’oiseaux marins
toute parées de leurs plumages 
de leurs os
repues de leurs chairs
portant à la ceinture 
squelette d’une tête aviaire

avec maxillaire supérieur 
aiguisé pour faire arme
elles égorgent d’autres oiseaux
en poussant des cris 
d’affreuse douleur
en gardant leurs yeux clos
jusqu’à l’heure du bain
d’absolution
de la marée forte
duquel elles émergent
affamées 
plus encore


©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #7, 2021.

Chant VI

Elle 
Devenue
par disparition
dans songes ne Se Voit pas
ne Se Trouve pas
dans songes Assouvit
colères malgré Elle
comme vent 
qui plie sans le vouloir
toute matière croisée
tout autre élément que lui
qui d'ailleurs ne se sait pas vent
qui d'ailleurs ne sait rien de vrai
pas plus que de faux
Elle 
Devenue 
par disparition
matière redressée
toute entière
par sa propre absence 
par le poids de l'air
déplacé par sévices
affa-bu-la-tions
violences
spoliations
Elle 
Ensevelie
de Son Vivant
tout au fond de Sa Chair
dans songes Refuse de Se Voir
Refuse de Se Trouver
Elle
Venue par disparition
Dirige du dedans Ses Yeux 
vers le dehors
Dirige du dedans Son Sexe
vers le dehors
Sa Voix
Ses Muscles
Ses Organes
Son Squelette
Sa Pensée 
Sa Raison
Sa Folie
Son Territoire 
Cir-cu-laire


©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #6, 2020.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer