Composition de la femme


Ma langue de pierre
Et ses cris fossilisés

Mes yeux qui mènent
À mon âme l’effroi
Tout autant que la beauté

Sur mon ventre
Le lien
Vers la toute première
Ainsi que vers la mort
Qui d’abord se fait vie

Entre mes jambes
Le seul lieu au monde
Qui m’appartienne
Publicités

Lélelle

N’attend pas les ailes
Ni la mort
Vole maintenant
N’aie pas d’autre but
Que d’aller n’importe où
Contemple sans nommer
Tout ce que tu rencontres
Ne parle pas ou peu
Dis-toi quelques vers
S’il t’en vient en mémoire
Supposé que tu croises un oiseau
– Mais ça n’arrivera pas –
Ne fais pas ta fière
Passe ton chemin
Ne pense à personne
De mort ou de vif
Hurle s’il t’en prend l’envie
Et sanglote et rit et grimace
...
Garde bien à l'esprit
Que tu ne vas nulle part
Que tu y vas en volant
Et que tu n’as pas d’ailes

L’infini poème

Les Ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile .
Ary SCHEFFER, vers 1855.
Dante, tu avais raison.
Il n’est pas de douleur plus grande
Que de se souvenir des jours heureux dans le malheur.

Il n’est pas d’été que le malheur ne glace,
Pas de lumière qui perce son obscurité.
Ah ! de Musset, sans doute tu as regretté tes vers
Quand cette vérité s’est imposée à tes propres yeux.
Et nombreux sont ceux à qui elle se dévoile.
Ou bien, dans un emportement de détresse,
Pensais-tu par le poème
Mystifier rien de moins que le cosmos.
Ou alors, étant de ces rares bienheureux
Épargnés par le si banal malheur,
Tu n’imaginais pas son infini pouvoir
Sur le temps.
Ni que son divertissement
Fût d’aller y quérir ses contraires
Afin que leur éclats
Blessent de pauvres cœurs.

Refus de l’aube

Je savais venir l’aube
Au chant du premier oiseau
Celui qui réveille le ciel
La nuit me caressait
Comme caresse l’amante
Pour que je sois dolente
Et n’aie plus de désir
À offrir au grand jour
Le grand jour disait-elle
Laisse-le à ceux-là
Qui croient que se lever
C’est se mettre debout

Je savais passer l’aube
Et le reste du jour
Au chant du dernier oiseau
Celui qui endort le ciel

Qui verra ?

Deux ombres s’éreintent
À devenir lumière.

De leur corps brisés
Par cet effort vain,
À leur fin, elle s’échappe.

Lunch Poem *1

Un arbre tordu
Une porte scellée
Une vue sur la mer dans un sac de cuir
Une tête penchée
Une avenue une corde en acier
Un homme qui court
Une corde portée autour de son cou
Se dit à lui-même
Des phrases meurtrières
Redis-le pour voir
Tu crois que ça me fait peur ?
Jamais !
Une porte autour du cou
Une avenue sous les genoux
Un homme qui court vers
Une vue sur la mer
Un homme qui porte une National
Redis-le pour voir
Redis-le pour voir
Jamais !
Une vue sur la mer
Ça peut être n’importe quoi
Un panneau publicitaire
Un poisson dans un bac à glace
Une frise dans la rigole

Une porte scellée une corde en acier
Un homme qui s’agite
Comme un arbre venté
Une avenue un taxi hélé
Emmène-moi vers
Une vue sur la mer
Aujourd’hui ou jamais
Un type qui rit
Jamais !
Un plan de la ville qui vole
Une phrase meurtrière
Redis-le pour voir
Jamais !
Le fleuve je peux te le donner
La mer jamais !
Une corde en cuir dans un sac d’acier
Un homme qui court
Sur un terre-plein central
Redis-le pour voir
La mer jamais personne
La mer
Jamais
Personne

Composition de la douleur

I
Les armes forgées
Dans le fer de l’enfance
Frappent encore
Ici et maintenant

II
Les lèvres les yeux
Se pensent plaies parmi les plaies
Et cicatrisent illusoirement
En se scellant

III
Un jour
Un seul jour
Ce jour est une nuit
Où cela se dit
Le vieillard est un enfant
Qui ne guérit jamais

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer