Fatou Diome. Le ventre de l’Atlantique

Extrait

Partir, c’est mourir d’absence. On revient, certes, mais on revient autre. Au retour, on cherche, mais on ne retrouve jamais ceux qu’on a quittés. La larme à l’œil, on se résigne à constater que les masques qu’on leur avait taillés ne s’ajustent plus.

Sylvie Germain. Magnus

Extrait

Il cherche un endroit neutre, et reculé, un lieu-clepsydre où laisser passer le Temps, jusqu’à ce que son tour vienne. Le tour de quoi ? Il l’ignore, mais cette inconnaissance est à présent la seule aventure qui vaille pour lui.

Malcolm Lowry. Lunar Caustic

Extrait

Une fois encore, un homme s’arrêta en sortant de l’hôpital municipal. Une fois encore, non sans vacarme et tremblements, la porte de l’hôpital se referma derrière lui.
Dehors, il n’éprouva nulle sensation de délivrance, rien que de l’inquiétude. Avec une pointe de nostalgie, il ne cessait de regarder, derrière lui, l’édifice qui lui avait servi de maison. Il le trouva vraiment beau et il contourna une boutique d’angle.

Hervé Guibert. À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie

Extrait

J’ai senti venir la mort dans le miroir, dans mon regard dans le miroir, bien avant qu’elle y ait vraiment pris position. Est-ce que je jetais déjà cette mort par mon regard dans les yeux des autres ? Je ne l’ai pas avoué à tous. Jusque-là, jusqu’au livre, je ne l’avais pas avoué à tous. Comme Muzil*, j’aurais aimé avoir la force, l’orgueil insensé, la générosité aussi, de ne l’avouer à personne, pour laisser vivre les amitiés libres comme l’air et insouciantes et éternelles.

*Michel Foucault

Chaque jour revenant

Chaque jour
Je te dis adieu
Ma chère existence
Et mon regard se pose
Sur toutes ces beautés
Aucune que je veuille posséder
Adieu leur dis-je à toutes
Sans voir dans ce mot
Une nature plus haute
Que celle qui m’accueille
Depuis tout ce temps
Sans même y voir
L’annonce d’un départ
Mais bien d’une arrivée

Marguerite Yourcenar. Les yeux ouverts. Entretiens avec Matthieu Galey

Extrait

Quand on passe des heures et des heures avec une créature imaginaire, ou ayant autrefois vécu, ce n’est plus seulement l’intelligence qui la conçoit, c’est l’émotion et l’affection qui entrent en jeu. Il s’agit d’une lente ascèse, on fait taire complètement sa propre pensée ; on écoute une voix : qu’est-ce que cet individu a à me dire, à m’apprendre ? Et quand on l’entend bien, il ne nous quitte plus.

Sylvie Germain. À la table des hommes

Extrait

[Les hommes] érigent des splendeurs, puis les saccagent, ils donnent la vie, en prennent un soin extrême, soudain la foulent aux pieds, retranchent des populations en masse, ils luttent pour la liberté, mais sitôt conquise, ils la renient, s’aliènent à de nouveaux tyrans, ils dévastent la Terre avec une inconscience euphorique et, s’y sentant finalement à l’étroit, ils rêvent d’étendre leur empire dans l’espace cosmique où ils ne manqueront pas de répandre leur pollution, leur violence, leurs méfaits.

Imre Kertész. Le chercheur de traces

Extrait

« Je vois une inscription au milieu », annonça-t-elle.
Ils étaient encore trop loin pour pouvoir déchiffrer l’inscription , formée de trois ensembles, vraisemblablement trois mots, placée au milieu de la décoration du portail dont elle semblait , à cette distance, n’être qu’une espèce de ramification.
« Je…Je… fit-elle, s’efforçant de la déchiffrer.
Jedem das Seine, Chacun son dû », dit l’envoyé lui venant en aide.

La passe

Il n’est pas d’absents
Tant que je suis ici
Et pourtant
Mes yeux
Pour eux
Ont perdu
Toute vie
Ce sont eux les absents
D’histoires qui se racontent
Dans le lieu de mon âme

Cette âme qui se peuple
Cependant qu’ici-bas
Le désert s’installe

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