Chant XVI

ouvre-toi le ventre amour
ventre lourd 
qui te monte à la gorge
égorge cette digue
empilement de ruines des villes invisitées
où se cognent tes vagues a-mères 

étripe-toi égorge-toi étrangle-toi 

la tempête ravageuse amour
gavera les artères de ta ville d’échouement
d’écume bouillonnante
foisonnant de créatures mortes ou suffocantes
avec lesquelles amour
tu te sustenteras                                   
sans apaiser ta faim
car faim tu ne ressentiras pas
mais tu suffoqueras des suffocations de ta nourriture 

écume bouillonnante
foisonnant de coquilles coupantes sur lesquelles amour 
tu marcheras pieds nus
sans savoir que tu marches                                                
à cause de douleurs endormies par cette douleur-ci

sur le sol tu rejoindras les créatures marines amour
tu nageras sur le flanc sur le dur 
dans la traîne de leurs convulsions

crève-toi les yeux amour
arrache-toi la pomme d’apostrophe
arrache-toi le cœur
essore-le de son sang
arrache-toi les seins amour
avec tes cheveux filés
couds ta vulve
couds ta verge
couds ta langue
attache serrés les doigts de tes mains 
les uns contre les autres
étouffe-toi avec le reste
de ta chevelure 
suffoque amour
encore encore
et prie 
la tête dans la boue saline
la bouche emplie de boue saline
la bouche emplie de pas anciens qui te descendent dans la gorge
suivant un rythme martial
un deux un deux one two one two eins zwei eins zwei

prie déesse tempétueuse amour 
prie pour son inclémence
fais-lui offrande de ton corps rompu
de tes organes fibreux amour
attendris autrefois par ta main enfantine empoignée
à grands coups de cette pierre granitique
ramassée sur sillon
comme sillon de Talbert 
à une syllabe près amour
attendris à grands coups de pierre 
à grands coups de pierre 

©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #19, 2021.

Chant XVIII

la première regarda ses mains 
ses mains se détachèrent d'elle
tant pis
elle regarda d'elle tout ce que sa souplesse et ses yeux lui donnaient à voir
chaque partie de son corps qu'elle regardait 
se détachait d'elle
et se dispersant aux cardinaux
allait servir à d'autres
oui allait servir à d'autres
la première entendait les débris de son être chuter
oui ils chutaient longuement
dans un conduit de paroles barbares
avant d'être happés
mais elle ne cessa pas de se regarder
jusqu'à ce que sa souplesse et ses yeux n'aient plus rien à lui donner à voir
aussi elle regarda sa tête dans un reflet quelconque
mais sa tête ne se détacha pas d'elle



©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #17, 2020.

Chant II

vite Elle Cherche l'autre
qui en tout bord de falaise
va se balancer
d'avant en arrière
au rythme lent d'un chant de cœur
niché entre ses jambes
Elle Court vite vers Elle
avant la vague nocturne
qui amène mélancolie et mort
sans être vue
sans être entendue
celle-là d'ombre plus noire que nuit
s'élève bien au dessus de la falaise
après tombe en déluge de toute sa hauteur
lui si dru
si continu
qu'il te noie sur la terre
vite comme antilope
et tenant un jour volé
entre ses crocs serrés
qu'Elle Meurtrit malgré Elle
vite Elle Court vers
les terminaisons terrestres
les terminaisons celestres
vers le point culminant de toutes fins
écrites pour faire début et fin
vite Elle Enterre le jour
que Sa Gueule a percé
et Vole un autre jour
qu'elle Tient moins serré
mais Elle Aime le sang
ça Lui Revient
et Ses Crocs la contentent
et le Chant de son Cœur
niché entre ses Jambes
rythme son Contentement
d'Être Baignée d'ivresse
vite Elle Court vers l'autre
Tenant dans sa Gueule
Sa Proie exsangue légère
qu'Elle Arrivée Jette du haut de la falaise
dans un mouvement de tête dédaigneux
devant Elle démuselée
vite les frictions de Leurs côtes et de Leurs Ventres font sable du granit
les os de Leurs Hanches et de Leurs Cuisses Encastrées
broient les préfixes de réitération
Leurs Lèvres et Leurs Langues
Bâillonnent les instruments de la parole
lèvres et langue
Leurs Membres Noués entre Eux
Écrasent les huit points cardinaux
sis du haut en bas d'Elles
en Leur Dedans et Leur Dehors
après repartir ne Leur est plus possible
aller rien ne l'empêche


©Encre sur papier de Corinne Freygefond, Sans titre #2, 2020.

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