Manifesto

Nous changeons
Dans la vague voyons
Autre chose que l'écume l'eau
Et les coquillages évidés
Par becs ongles ou lames
Nous changeons
N 'aimons La Terre
Qu’éveillées
Ses océans
Qu'endormies
Nous changeons
Marchons pour prendre
De la distance
Oui mais pour aller où
Nous l'ignorons encore
Certaines effrontées :
On saura quand on le verra
Pour elles qui sont nos yeux
nous ne cessons de marcher
Qui pour nous l'interdire
Personne d'assez semblable
Aux occupants de nos rêves
Personne d'assez adroit
Pour séparer l'eau de l'écume
L'écume du mouvement
Le mouvement de la lame
Ah nos pieds coupés
Par les marches interrogatives
Où est-ce
Mais où est-ce donc
Et comment cela s'appelle-t-il
Astre Corps Continent
Certaines effrontées :
On saura quand on le verra
Nous changeons
Sous le sable enfouissons
Les mots évidés
Par becs ongles ou lames
Nous changeons
Dans la vague voyons
Le mécanisme du cosmos
Certaines effrontées :
Silence ! ça tourne

Chant d’armes

Arrêtons de nous battre
Soyons douces et dociles

Pour nos corps déportés
Prônons plutôt l'adieu
Et non pas le retour
Arrêtons de vouloir
Arrêtons de penser
Cousons des genouillères
Aux jambes de nos filles
De nos jeunes garçons
Et à nos propres jambes
Arrêtons d'espérer
Rampons comme la larve
Qui commet notre viol
Rampons sur cette terre
Où l'arbre seul est droit

Arrêtons de nous battre
Soyons douces et dociles

Ne pleurons pas nos corps
Disparus vivants
Continuons d'être mortes
Continuons de sourire
De peindre nos frayeurs
Avec des couleurs vives
Cachons notre sang
Nos rides
Notre graisse
Laissons à portée
Nos seins
Et notre fente

Arrêtons d'espérer
Qu'un jour nous serons
Aimons ce qu'on nous sert
Et ne rechignons pas
Ah mais vidons la table
De nos restes écœurants

Chaussons les aiguilles
Qui freinent notre course
Et empêchent la fuite

N'ayons jamais de mains
Mais toujours des menottes

Arrêtons de nous battre
Soyons douces et dociles

Enfantons de la chair
À pénis de larves
Sans songer nous en plaindre
À l'homme qui n'est pas larve
Car il la craint aussi
Peut-être plus que nous

Veillons à ne pas prendre
le nom du père
Et du fils
Et de la sainte mère
Comme nom de putain

Gardons-nous d'être aimées
Par un homme ou une femme
D'un véritable amour

Soyons comme on nous fait
Soyons comme on nous veut

Perpétuons l'affreux sort
De nos sœurs qui ont souffert
Sans avoir vécu

Ultraterrestre

Mes prières inhabitées
Montaient montaient
Montaient
Au delà de montagnes 
Pas plus hautes que mes essoufflements

Puis retombaient
Dans la pénombre d'une face cachée
Qui broie
Tout espoir d'une terre sans objets

Comment pouvais-je vivre sans être
Comment le pouvons-nous
Et pourquoi laisser faire

Mes prières à présent
Accueillent le silence
Comme hôte évident
Elles ne sont plus prières mais menaces
Puis chant

Pas de pardon ? Tant pis
Pas de pardon pas de pardonnés

Mais des  montagnes hautes
Des neiges éternelles
Des morts strictement naturelles
Des danses pour qu'il pleuve
Des cuisses écartées par leur propre désir

Guerrière

Crédit photo CF 2019
Tu ne peux plus
Laisser se répandre
La couleur blanche
Sur les murs de ton crâne
Tu ne peux plus
T'enivrer de ton propre air
Livrer ton âme impolie
Au papier de verre
Tu ne peux plus attendre
Ce qui est en toi
Est à toi

Tu ne peux plus te déporter
Dans un coin de ce sol qu'on te loue
Pour espérer l'entrevoir
Tu ne peux plus ne pas être
Ne pas prendre
Tu ne peux plus ignorer
Ce temps de chacune
Que tu portes sur toi
Comme une peau
Qui te fait chair
Tu ne peux plus penser
Sans pouvoirs
Tu ne peux plus écrire
Sans territoire

Soliloquie

Mon corps mourait trop lentement
Pour que je puisse y croire
Mais il mourait comme tout ce qui vit
À part qu'alors je me trouvais hors de lui
Le savais jeune
Peut-être beau
Mais rien qui vienne l'affirmer
Aucune main qui s'y attardait
L'écrivait ou le peignait
Aucune bouche pour le lui dire
Ou dire le contraire
Je le poussais en avant
Toi d'abord !
Ce corps de femme
Désigné par le masculin
Toi tu sais où tu vas
Je lui murmurais
Moi non
Le vagin
Les seins
Le ventre
Moi je n'ai qu'une tête
Une pauvre tête
Et des jambes
Et des mains
Et une bouche


C'était une étrange chose d'aimer
Avec ce corps juste à côté
Qui mourait si lentement
Que plus tard je le croirais immobile
Immobilisé
Une étrange chose
De ne pas être dans ce corps
Au moment de mon désir
Et de voir dans l'air
L'exacte distance
Qui me séparait de lui
De moi
Je dirais aujourd'hui

Sŏrōrĭo

Crédit photo CF 2019
Femme aux poches pleines de planètes
Va
Jette-les toutes dans l’océan
Regarde-les couler
Percées rouges
Percées noires
Ou bien
Fais-les rouler
Dévaler la colline
Et puis regrette ton geste
Toute femme regrette
Rattrape-les
Cours au-devant d’elles
Cours plus vite que les planètes
Se faisant tu perdras ce que toute femme perd
Tout
Tu perdras tout
Aussi
Déleste-toi
Des paroles
Des tissus
Du temps
Regarde les planètes chuter
Dans les bouches d’égout
Les failles
Les fentes
Regarde-les se faire broyer
Par l’inventeur de la roue
Femme aux poches pleines de planètes
Cours pour rien
Quand tu n’auras plus rien
Cours vite
Dévale la colline et crie
Fort et sans t’arrêter
Et rit de la même manière
La nature aime la danse
Le vide
Et les sons

Femme aux poches pleines de terre
Verse-la sous la plante de tes pieds
Et regarde éclore tes premières fleurs

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