Ecrire

La seule pensée juste
Qui me viendra jamais
Sera par moi ignorée

Puisqu’il ne m’est pas donné de voir
Ce que je pense
Puisque je peux souffrir
Sans douleur au point de souffrance
Mon temps se passe
À écrire
Entendez
Qu’il attend ce qui est déjà là
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Composition de l’éternité

Morte je serai vue
Avec les yeux du temps
Qui inlassablement place
Le passé devant
Aussi ce jour arrivera
Qui me verra m’enfuir
Les bras chargés
De trésors enfantins

Attraction de l’éphémère

Ce sentiment de solitude profonde
Qui nous frappe parfois
Semble nous préparer
À cette heure intime
Dans laquelle personne
Ne saurait nous suivre
Et pourtant non
Ce n’est pas ce qu’il fait
Il tente à sa manière
De nous en éloigner

Ce haut-monde

Figures in a Landscape, Francis Bacon, 1956
© 2019 The Estate of Francis Bacon
Mourir n’est pas la fin
Vivre n’y mène pas
Vivre est immobile
Nos corps sont figés là
Dans la révolution
Seule la pensée
À allure retenue
Va et vient
De long en large
De bas en haut
D’une nature à l’autre
Elle ne presse le pas
Qu’à l’abord des champs secs
– Ici la mort se trouve –
Dans lesquels l’idée germe
Que la Terre n’est rien
Que rien ne s’accomplit
Sur ce qui a été
Partialement nommé
Ici-bas

Composition de la nuit

I
Invisible silhouette lunaire
Qui marche à côté
De son corps guetté
Par le chien et le loup

II
Involontaire trajet vers
Le jour domestique
................ L’atteindre
Est-ce vraiment le but
N’est-ce pas plutôt la fin

III
Cheminer sans raison
Repousse la folie

IV
Au crépuscule le marcheur
Nomme ses morsures
Baisers
Ses cicatrices
Lèvres

Composition de la lumière

 I
Lors d’une heure comparable
À une heure évoquée
L’obscurité enferme
L’être dans son propre corps

II
Sur cette route pâle
Où le rêveur piétine
Le levant s’accroche
Aux semelles astrales
Pour ne pas incendier
Le jour de son seul feu
Et priver la prairie
Du cosmos tout entier

À la manière de Maurits Cornelis Escher

Montecelio, M.C. Escher, mars 1924, encre de Chine sur papier – ©
Il y avait dans cette heure
Solitaire
– Pièce où le temps passait
Au rythme de mes battements
Vite tellement vite
Et soudain lentement –
Une croisée donnant sur l’espace
Qu’il m’était impossible
Ne serait-ce qu’entrebâiller
Sans ouvrir ma poitrine
Et laisser fuir le temps

Sable et plume

L’aube prudemment s’avançait
Et t’habillait de sable
Doux
Sur ta peau en grève
Deux brèches de ciel
S’attardaient jusqu’au soir
L’attendant
Tu contemplais les oiseaux
Morts et vifs
Qui peuplaient cette voûte
Célébrais les uns
Te rêvais dans les autres
Quand le crépuscule s’avançait
Pour t’habiller de terre
Dure
Tu t’étais envolée

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