© Claude Cahun
il y a ce corps pénétré par lui-même
par sa propre fatigue
sache
chaque mot qui s’écrit est un coup qui se donne
mais il faut les écrire
ne pas les esquiver
laisser toujours le corps se pénétrer lui-même
et par tout ce qu’il sauve d’une mort certaine
voilà ce que nous
nous sommes
le sujet du sujet
l’objet de l’objet
sache
écrire pour cela il faut être emplie
tout aussi bien que vide
il faut être fatiguée éprise
et prise de folie
il faut manquer de tout
ce qui déjà est en nous
il faut regarder l’autre comme une éternité
qui pénètre le corps et l’âme de sa beauté
sache
écrire pour cela
il faut souffrir beaucoup
de ce que d’autres vivent
sans souffrir jamais
sans même qu’ils ne voient
l’aiguillon qui dépasse
de cette peau d’hiver
contre laquelle nous
nous on va se frotter
en sachant la blessure
mais c’est la peau choisie
c’est la peau désirée
c’est la peau d’écriture
Claude Cahun, "Self Portrait (With Cat)", 1927, photographie. © Jersey Heritage Trust.