Come full circle

Je me tais
Et j’écris :
Aujourd’hui
Enroulé sur lui-même
Dévale l’avenir
À la manière d’une roue déboitée
De véhicule accidenté
Des hommes le poursuivent
Délaissant la tragédie
Immobile
Au profit d’un mouvement
Aussi hasardeux soit-il
C’est ainsi
Il faut que ça bouge
Que ça ait l’air de fuir
L’air de partir ailleurs
Ou d’arriver ici
Pour que la main
Arme première
Empêche le déplacement
Ou le décide.
Je me tais
J’écris et devrais effacer
Ce que j’écris
La pensée ?
Un canot que l’on perce
Avant la mise à l’eau
J’écris :
Aujourd’hui
Esclave de sa forme sphérique
Dévale une route pentue
Sans pouvoir s’arrêter.
Et je n’efface pas
Il y a du temps
Enfermé là
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Vain poète

Fiché sur un siège de ronces
Il attend
Il attend
L’encre se fabrique
La plume
La feuille blanche
Sang
  Lame
    Linceul
Il attend la tragédie
Quand elle survient
Il écrit
Il écrit
Et rien ne bouge
Sauf le vent
Qui expulse
De la bouche
Des martyres
Son inspiration

Conversation avec un fantôme de ce monde

Tu es cet homme qui descend
Il n’y a rien que je puisse faire
Contre le vent qui te pousse
Regarder les dégâts
Vivant ou mort ?
Me le demander

Me le demander
En adaptant ma voix à la réponse désirée
Tu es cet homme qui descend
Vers le port
Quel port supporte que tu fasses cela
De lui
De nous tous
Crois-tu cela réel ?
Le bâtiment et le brouillard et les deux mêlés
Et le béton ravagé
Ravagé
Cela te parle
Toi tu ne parles pas
N’écoutes que tes pas
Tu es cet homme qui descend
Une chute est prévue tu penses cela
Une chute est prévue à telle heure
Courons la voir

Préparons-nous à maudire les mètres qui nous en séparent
Une chute répètes-tu avec une frénésie d’enfant
Les mètres
L’air
Le cœur

Je ne peux rien contre le vent
Tu es cet homme qui descend
Cet homme de bois
La cendre tu n’y penses pas
Tu dis : le feu, quoi le feu ?
Tu dis : Te parler ? Non !
La cendre tu n’y penses pas
Hier
Un pas
Ça suffit comme ça
Souffrir tu comprends
Ça prend tout mon temps
Hier un pas
Et cætera

Tu es cet homme qui descend
Qui parle aux murs
Aux matières transformées
Souffrir tu comprends ?
Oui      Non
La ville tu comprends ?
Oui
La ville nue ?
Non
Tu es cet homme qui descend
Vers l’ancien port
L’ancienne vie
Connais pas !
Aujourd’hui et maintenant
Une pensée tue l’autre
C’est comme ça
Qu’est-ce que j’y peux
Mon reflet ne ment pas
Si tu ne mens pas
Laisse-moi mourir
S’il te plait
S’il te plait
J’y arrive en marchant
Hier un pas
Hier un pas
Et cætera

Des guerres

Tu vas mourir c'est certain
Mon frère
Le cœur rongé par les guerres
Tu sais de quoi je parle
L'organe poétique et impuissant
Qui lâche
Inguérissable
Car où se situe-t-il ?
Au centre de l'angoisse et de la solitude
Où est-ce ?
Absolument partout et toujours
Tu vas mourir c'est certain
Mon frère
Rongé par les guerres fratricides
En hurlant presque mort
Famille je te hais
M'aimes-tu ?
M'as-tu jamais aimé ?
À genoux
Les épaules affaissées
M'aimeras-tu toujours ?
Tu dis
L’infini est dans le finissant
La solitude dans l'homme naissant
Tout est passé fini dans l'infini
Tu vas mourir c'est certain
Mon frère
L'organe poétique
Rongé par nos guerres

Les arbres-livres

Dans le ciel de janvier
Dont il faut fendre le métal
Pour faire couler un peu de jour
Les arbres peuplés de feuilles affamées
Semblent porter l’hiver
À bout de branches
Comme un quidam
À bout de bras
Le cadavre d’un frère
Ou n’importe quelle autre
Merveille éteinte
Ils semblent savoir
Faire ce qu’il faut
Savoir
Absolument tout sur tout
À l’inverse de moi
Qui ne fais que croire
En mon savoir
Qui ne fais que rarement
Ce qu’il faut
Ils semblent me le dire
Lorsqu’ils retiennent
Ce qu’ils peuvent de l’hiver
Hors de la terre peuplée
D’hommes furieux

Le fer de l’angoisse

Je me situe quelque part entre une lumière franche 
Et une lumière déclinante
Je me situe là où je me suis aperçue la dernière fois
Peut-être que je regarde à travers une vitre
Je vois ou je devine
Floutés par la buée
Des corps qui disparaissent
Cellule par cellule
Et qui cessent d’exister par manque de matière
Je songe brusquement à une promesse douloureuse
Que nul ne peut tenir
Il ne faut pas quitter l’autre une seule seconde
Sinon ce que l’on voit est ce qui restera
Et brisera notre allant
Ce que l’on ne voit pas est ce qui nous envahira
Le fer de l’angoisse
 
Il ne faut pas quitter l’autre une seule seconde
 
Rassure-moi comme tu peux
Je sourirai à tout
 
Je me situe quelque part entre une lumière franche
Et une lumière déclinante
Existons-nous ailleurs ?

La frégate

Tu hésites à descendre du train 
Faut pas te dit un homme qui saute sur le quai
Et te tend la main avec autorité
Il y a des tourniquets de cartes postales aux quatre coins de la ville
Ha ! Et il disparaît
Partout une odeur de sucre
Elle te donne faim avant de t’écœurer
De l’air frais sort des caves ouvertes
Des uniformes sur cintres pendent aux lampadaires de la jetée
Sur le sable près de toi
Des enfants s’amusent dans des canots percés
De la musique en provenance du sud
Semble être jouée à l’envers
Le bal militaire ! les enfants te crient alors que tu tends l’oreille
L’un d’eux te montre le tampon sur son poignet
En forme de frégate
Le tampon officiel du bal militaire
Elle dort en planant et se pose jamais
Pourquoi qu’elle se poserait
Te dit-il
Tu tournes le dos à la mer
Essaie voir
De la regarder
Te défie le garçon
Les algues s’agrippent à tes chevilles
Tes pas font un bruit de succion
Qui endort les enfants

Segal

À marée basse j’ôterai mollement le sable collé à ma voute plantaire
Alors que le sang et les autres substances formeront des arcs-en-ciel
Flottant à la surface de l’eau
Au milieu de quartiers d’oranges
Le long de la grève
Je courrai comme dans mon souvenir
De toutes les manières enfantines possibles
Le corps ébranlé par un cri colossal
Audible par moi seule
D’autres pour passer le temps
Feront des mobiles argentés avec les os éparpillés du Léviathan
Puis du feu et des armes
Il n’y aura pas un bruit
Une luminosité pâle
Et des tombereaux de plumes d’oiseaux marins plantés dans la dune
Jamais de vent d’aucune sorte
À marée basse sera une expression ancienne
Signifiant désormais autre chose
Je courrai vers l’île
Bras et jambes désarticulés
Marionnette gauchement actionnée
Enivrée par des senteurs fossiles
J’emprunterai le sentier inondable qui se trouvait là
Du temps où je rêvais que les plumes colorées
Des perruches ondulées que j’enterrais à Segal
Devenaient solents spis tourmentins
Et qu’ainsi pourvue de voilure
L’île prenait le large

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