Lettre de la jeune fille pendue

Jeunes nous avons tant d'ennemis
Et nous marchons vers eux
Que faire d'autre
Mais sans hargne sans armes
En traînant le maigre passé derrière nous
Comme un chien malade
Que personne n'a le cœur d'abattre
À cause de son regard
Et d' un rêve qu'on fait tous
Pauvre chien que l'on martyrise
En voulant l'épargner
Avance je t'en prie avance
La vie plus forte que tout
Jeunes on le pense
Mais non Mais non
Quand enfin nous trouvons
Le courage d'achever la bête
Il est trop tard
Elle est déjà morte
Nous la tuons quand même
Que faire d'autre
Une deuxième fois
Et encore et encore
Et la guerre attendue
Qui ne vient pas
Et les yeux morts du maigre passé
Qui finiront par nous hanter
Jeunes nous apprenons
Trop tard
Que la jeunesse
N'est pas un temps donné
Qu'aucun temps ne se donne
À personne
Et jamais


Toile de Marie Laurencin  Femmes au chien 1924 -1925
Paris, musée de l'Orangerie ©

18 commentaires sur “Lettre de la jeune fille pendue

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  1. Votre texte a une résonance particulière pour moi, parce que l’an dernier, dans mon village, une jeune fille, une enfant de 13 ans s’est pendue… parce qu’on lui avait enlevé son téléphone… Je crois que je ne comprends plus ce monde, mais peut-être n’y a t-il rien à comprendre…

    Aimé par 1 personne

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